Allo Papa Tango Charlie.

Papa est parti mais pas Wolinski

 

« Il n’y a rien à dire de la mort  » Georges Bataille.

Il a raison Georges. Mais moi depuis que j’ai 3 ans, j’ai toujours quelque chose à dire, il paraît. Bon ou mauvais, mais c’est mon côté storytelling depuis la maternelle.

Si je regarde derrière moi, je réalise que même si les 365 derniers jours de 2014 ont été parfois salement moches, ils m’ont enseignés certaines choses, dont la sagesse, mais aucun jour n’a été plus moche que ce 7 janvier 2015. Nous nous sommes heurtés à la zone de turbulence, nous sommes dans le Triangle des Bermudes.

Si je n’étais pas à ce point athée, je ne verrai qu’une explication : Dieu s’en fout. Un jour, la mort frappe à la porte et on voit tout fané, flétri. On regarde juste le monde tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit. C’est une tristesse infinie qui vous tombe dessus alors on a envie de bouger, ne serait-ce que pour se prouver qu’on est encore en vie, nous.  J’ai pleuré pour la Somalie au CP, j’ai pleuré pour le Rwanda en CE2,  j’ai pleuré pour là où je n’étais même pas. Les  réactions fusent, calibrées et parfaitement adaptées à la circonstance. La douleur est comme une coquille remplie d’incompréhension. Exister entre Enfer et Paradis n’est pas toujours facile, et la manière d’évoquer la liberté n’est pas toujours décodable.

Dans quel monde on vit-on? Ebola, fausses factures et vraies magouilles, bio et pesticides, religion et éducation. Tous les jours, il faut se forger une opinion , se faire son idée, peser le pour et le contre. Nos parents, du moins les miens, ils vivaient dans la confiance aveugle, les 30 glorieuses, Jean-Paul II et la Mère Patrie. Aujourd’hui on a toutes les bonnes raisons d’être ébranlés. On est au milieu d’une gigantesque cacophonie. Et on connait tous quelqu’un qui s’est pris la porte dans la figure. Mais on ne peut pas vivre comme ça, dans la peur pérpétuelle n’est-ce pas? On se construit un refuge perso à coup de petits arrangements et de petits engagements. Un jour on a de grandes idées, le lendemain on est frileux comme un chameau au Groënland.

Je travaille dans Paris. Dans le coeur de Paris même. Dans un quartier où les femmes en talons conduisent des scooters, où les rideaux métalliques se baissent le vendredi soir, où les enfants courent après les pigeons dans le parc. C’est un quartier pas très touristique, pas très en vogue,  loin de la carte postale.  Je vois des mini scènes de la vie quotidienne, comme celle d’un conducteur de grosse berline hurler parce qu’un coursier en scooter a frôlé sa carrosserie « Hey tu veux ma mort ou quoi ? », les deux gars qui règlent leurs comptes pendant des heures sur le trottoir en s’envoyant des noms d’oiseaux à la figure. On se croirait dans un épisode de Plus Belle La Vie. Mais jamais, jamais je ne m’attends à un épisode sanglant, quelques arrondissements plus loin, tapie derrière la lumière de mon hallogène. L’unique fois où je suis montée sur les toits à mon travail, c’était pour fêter la fin de l’année.
Ici Papa Tango Charlie, je n’entends cette fois plus rien.
Criblés de balles mais solidement amarrés à leur rocher de liberté. Un drame qui réussit l’exploit de réconcilier les journalistes du Monde et de ceux du Figaro, les jeunes briscards sans carte de presse et ceux qui n’ont plus de place sur leur badge pour ajouter leur renouvellement annuel. Les pulls à capuche et les cravates qui volent au vent. Les gars des villes et les gars des champs. Les minots des banlieues et les bourgeoies des quartiers de mon travail.

Mais les morts peuvent revenir à la vie en dépit de ce que nous dit. Vous savez dans Aladin quand le Génie dit à Aladin qu’il y a trois voeux qu’il ne peut exaucer? L’un d’entre est de redonner vie à une personne disparue, sous peine de causer un gros bazar comme  dans Harry Potter et les Reliques de la mort,  quand ce frère veut rendre la vie à la femme et finit par se tuer, et oui même dans le monde de la magie, on ne revient pas à la vie.  Mais alors on fait quoi?  Et bien on fait revivre les morts. Je voudrais que vous continuiez à faire vivre Charlie. Pas de débauche de déclarations politiques chauffées, de débats  intensifiés par la tension, de culpabilité d’une façon ou d’une autre, de recherche, de débats, de controverse, de concessions. Laissons simplement tomber les formalités. Les préambules. Je ne veux pas connaître vos idéaux, savoir vous aviez aimé le dernier numéro ni votre théorie sur la religion. Je veux juste partager un moment de recueillement, laisser tomber les phrases stupides qu’on dit parfois pour combler les blancs.

C’est pas grand chose, mais ici j’ai mon pleuroir, mon musicoir et mon dessinoir.  Après l’effroi, il faut avancer, parce que l’année sera forcément jalonnée de moments qui échappent à la raison et qu’il faudra alors les accueillir avec autant  de confiance que les heures plus prévisibles.  Ca nous a aussi appris une belle histoire sur le pouvoir du hug, quand on se prend dans les bras et que, pour un moment, on n’est plus seul.

 

Imagine, on ne pouvait pas mieux choisir, parce que John aussi était tombé au champ d’honneur des fous.

Je suis le morse.

Je suis le fou sur la colline.

Je suis la fanfare des coeurs solitaires du Sergent Poivre.

Je suis Charlie.

 

L’expression « un dessin vaut mieux qu’on long discours » n’aura jamais été mieux indiquée. J’ai gribouillé, même si j’ai les pattes de Shrek en guise de doigts, et ça fait du bien au coeur. La capacité de l’encre c’est de révéler ce qui est invisible.

JE SUIS CHARLIE - Copyright queenofsofa

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